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Réponse courte : non.
Réponse longue : vraiment pas, que ce soit les fantômes, l’astrologie, la divination, la sorcellerie ou la religion… Je l’ai déjà dit, mais je suis d’un pragmatisme désespérant. Dans un sens, c’est assez reposant ! Je ne perds pas de temps ni d’argent à écouter des charlatans de tout poil, et ça laisse plus de temps pour déprimer sur la réalité tangible du monde. Ah ben oui, il y a forcément un mauvais côté avec le réalisme, hein.
Le pire c’est que j’ai eu des périodes dans ma vie où j’ai failli, ou disons j’aurais pu, enfin j’étais vraiment à deux doigts de… Et puis non. Plouf. Cette pauvre étincelle de mysticisme m’a échappée.
Disclaimer : Je vais maintenant probablement dénigrer un peu tout ce que j’ai cité plus haut, à commencer par la religion, mais je ne veux heurter personne. Tant qu’on ne vient pas tenter de me convaincre, je ne vais pas non plus embêter les gens. C’est justement pour ça que je vous préviens, si vous avez des croyances religieuses ou un peu ésotériques, ne lisez pas la suite ! Inutile de vous farcir le discours de quelqu’un qui sera en désaccord avec vous sur ce point, franchement. Soyez heureuxes avec vos croyances si ça vous fait du bien !
De base, je n’ai pas grandi dans une famille croyante, et même tout l’inverse (anar’, ni dieu ni maître, toute la panoplie. Je ne suis pas baptisée non plus, d’ailleurs1.). Alors quand je suis arrivée en primaire et que mes camarades me parlaient du « cathé », j’ai dû demander à la maison de quoi il s’agissait. J’avais bien compris que ça emmerdait tout le monde parce que c’était le matin un jour de repos, mais sans plus. La révélation de la terrible réalité m’a horrifiée : mais comment ça au XXème siècle de notre seigneur jésus chr-… Wait. On reprend. Mais comment ça, au ixe-ixe-ème siècle (je suis âgée), on obligeait encore des enfants à apprendre la Bible ? Tellement bizarre. La bonne nouvelle, c’est que personne n’en parlait dans la cours d’école, on avait d’autre préoccupations (même si j’étais un peu deg que Sébastien profite du cathé pour passer autant de temps avec Charlotte alors que c’était MA copine, sérieux, Seb !). J’ai quand même fortement ressenti l’isolement d’être une des trèèès rares élèves à ne pas y aller, à ne pas me préoccuper de ma communion, et tous les rites de ce genre. Des camarades ne comprenaient authentiquement pas que je ne participe pas à la vie religieuse locale, autant que je ne comprenais pas qu’elleux y participent, souvent sans avoir la Foi. La ruralité blanche catho, tout ça, hein.
Cette situation perturbante s’est d’ailleurs reproduite au collège. Une femme, la mère d’un vague copain, venait régulièrement sans que je sache exactement pourquoi étant donné qu’elle ne faisait pas partie de l’équipe pédagogique au sens large. Il a finit par me dire qu’elle s’occupait de l’aumônerie, ce à quoi j’ai immédiatement répondu « aaah ouais, ok ! Merci ! »
…
Non mais bien sûr que je ne savais pas ce que c’était, j’ai clairement fait semblant. Bruno était mignon alors je n’allais pas me ridiculiser. J’ai donc appris le soir même que 1) Bruno venait d’une famille de gros cathos (en même temps ils étaient cinq frères, alors y avait un indice dans l’intitulé familial) et 2) que l’enseignement public n’était pas toujours aussi laïc qu’on voulait bien le dire. Enfin ça c’est la manière dont je l’exprime maintenant, parce que sur le coup j’ai pensé « Mais d’où on autorise cette merde dans un collège public, ho ? Wtf ? »
Cependant, comme j’étais curieuse et que déjà à l’époque j’étais un peu trop à fond dans ce que j’entreprenais, je me suis renseignée sur les religions et leurs préceptes parce que j’avais besoin de comprendre. J’avais également envie de croire à un truc, sans doute parce que la vie était compliquée, et j’ai beaucoup lu. Sauf que rapidement, plusieurs choses m’ont sauté aux yeux : la plupart des religions organisées étaient trop misogynes pour moi, c’était mort. Sans même parler de la multitude d’interdictions arbitraires, c’est bon, j’avais déjà une mère et j’étais obligée d’intégrer le système scolaire, alors ça faisait bien assez d’obligations pour un seul être. Les mythes fondateurs me semblaient aussi plus ridicules les uns que les autres (et encore, à l’époque je ne connaissais pas les SDJ et leur histoire de tablettes en or, là… ). Sans même parler du problème principal : je ne crois pas en une force magique supérieure, donc c’était perdu dès le départ. La seule « religion » qui m’a plus ou moins plu, c’était le satanisme, d’autant que j’ai rencontré des gens que ça intéressait aussi (la version « anti-religion », pas la croyance en un diable évidemment). Alors pendant quelques années, je suis restée coincée entre athéisme et satanisme (qu’on peut donc voir comme une forme d’athéisme militant, finalement). J’ai conscience que, dit comme ça, ça fait un peu « dark sasuke », mais l’histoire du satanisme est réellement passionnante ! C’était une sorte de mouvement émancipateur dans une société gouvernée par la morale catholique, enfin bref.
… J’espère ne pas vous avoir perdu sur ce coup. En tout cas, encore une fois, je ne fais que raconter mon histoire et mon (absence de) rapport à la religion, ça n’est pas un jugement de valeur. De la même façon, j’essaie de ne pas juger sur des croyances plus… Disons ésotériques. Limite, tant qu’on est dans l’interrogation je trouve ça assez sain ! Je ne crois pas aux fantômes par simple déduction logique, mais si un jour on m’apportait une preuve béton (non, pas les vidéos stupides de chasseurs de fantômes), je serais la première ravie de changer d’avis. Je flipperais, mais j’aimerais sans doute découvrir qu’il existe un autre plan d’existence !
Par contre, le jugement de valeur survient quand on me dit doctement avoir ressenti « des énergies », ou rechargé des pierres en dormant dessus. J’ai des limites, je ne suis pas un être de pure Tolérance.
Je ne pense pas non plus être la plus acharnée, ça ne me dérange pas qu’on croit à des trucs objectivement faux, ou explicables de façon parfaitement rationnelle. Ce qui me dérange c’est 1) d’en parler comme d’une chose quasi scientifique et même environ prouvée (« grâce à mon cadran de radiesthésie, j’ai compris que mon oreiller était habité par un démon »), et 2) d’en faire un business ou de financer le business en question. J’en peux plus de voir des gens vendre des pendules, des détecteurs de fantômes, de la sauge purificatrice pour faire partir les esprits, et la liste continue. On est déjà sur la voie rapide de l’obscurantisme en tant que société, évidemment que ce type de sujets me tend un peu (beaucoup). On ne va même pas parler des influenceureuses qui vendent des formations pour apprendre à purifier son ADN ou se font les portes-paroles de la médiumnité, aaaah PUT*** SI ON VA EN PARLER EN FAIT !
On va carrément en parler. Ces gens sont toujours très « cartésiens », vous noterez. C’est toujours la même rengaine. « Moi je suis très cartésien.ne mais là j’ai ressenti UN TRUC ». Oui, ça s’appelle la condition humaine, on ressent des trucs qu’on n’arrive pas forcément à expliquer parce qu’on n’a aucune idée de l’étendue de ce qu’on peut capter avec les différents sens à notre disposition, ça ne signifie pas forcément qu’il y a des fantômes ou que vous étiez une fourmis dans une vie antérieure. Vous voulez me voir en PLS ? Dites-moi au premier degré « j’étais pas bien dans la maison alors j’ai fait faire une purification du lieu à la sauge ». Pour m’achevez, vous pouvez ajouter « et j’ai fait venir un passeur d’âme ». Là, c’est bon, à ce stade j’aurais de la bave aux lèvres.
Pitié. Mais pitié. Déjà, laissez la sauge tranquille, parce c’est de l’appropriation culturelle et que c’est insupportable. Et surtout VRAIMENT MAIS AAAAAAAAAAAAAAAH MAIS AAAAAAAAAAAAAAAH. On en trouve même chez Cultura ! CHEZ LEROY MERLIN ! NON MAIS QUOI PARDON HEIN JPP ! Le capitalisme du paranormal bat son plein, alors qu’on a besoin de retrouver un ancrage dans le réel.
… C’est trop. J’ai envie d’mourir.
Il suffit de chercher 5 minutes sur Youtube (et ça doit être encore pire sur TikTok) pour trouver des gens qui vous vendent un petit moment « discussion avec un être cher disparu », et tout ça en visio parce que rien n’arrête le modernisme. Pour trouver des gens qui vous expliquent doctement qu’on peut tout soigner avec un jus de citron (et pourtant, sans jamais parler du bicarbonate de soude, une occasion manquée si vous voulez mon avis !). Pour vous parler de leur rencontre avec un changeforme garou sous crack. Je me demande parfois si ces gens croient réellement à ce qu’ils disent, ou si ils ont juste trouvé le bon filon pour exploiter sans vergogne les personnes crédules.
Fatigue, quand même. J’en peux plus de ces conneries. Mais ça doit être parce que je suis Verseau.
Bref, pour revenir à mes croyances personnelles, ou plutôt mes non croyances, il y a des choses auxquelles j’aurais envie de croire. Par exemple, j’ai une forte inclination pour la cryptozoologie. J’ai toujours fantasmé sur des bêtes fantastiques qu’on aurait pu, par un concours de circonstances incroyable, ne pas avoir encore découvertes (c’est pas pour rien que j’ai gardé un grand intérêt sur les bêtes dévoreuses d’humains). J’adorais « Le monde perdu » (d’Arthur Conan Doyle) étant petite, j’ai beaucoup fantasmé sur la légende du Mokélé-mbembé, ou le classique monstre du Lock Ness (qui se double avec ma peur des profondeurs, un mix parfait pour l’imagination). Mais bon, factuellement je sais qu’il n’y a probablement rien à trouver de ce côté, et que ce qui aurait pu existé aurait de toute façon disparu à cause de l’activité humaine. Les espèces animales connues sont déjà bien assez fascinantes pour mériter tout notre intérêt (et notre protection) !
J’aime aussi imaginer une forme de « conscience planétaire », pas par rapport à ce qu’elle pourrait nous apporter mais sous forme d’un individu à part entière, qui aurait un avis sur les gens qui peuplent son écorce. Ou parfois simplement comme un corps indépendant sans conscience de notre présence, comme si nous étions des genres d’acariens. J’aime imaginer, parfois, qu’elle se venge de nous. Mais là encore, c’est juste une idée à laquelle j’aimerais croire. Elle m’accompagne tout de même depuis aussi loin que remontent mes souvenirs, et dans des moments d’intense détresse c’est vers elle que mes « prières » allaient. Maintenant c’est plus facile, quand rien ne va je me souviens qu’on finira toustes en poussière, flottant dans un espace froid et mort, après la fin des étoiles, pour l’éternité.
… Mais si enfin, ça aide ! Avouez que ça met les choses en perspective, tout de même.
Ceci étant, si je dois être vraiment sincère, j’ai bien une sorte de croyance. Je crois qu’on est collectivement capables de choses magnifiques, et je ressens une forme d’espoir vague qu’à un moment tout va exploser mais de la bonne façon. C’est ce qui me permet de tenir, parfois, alors on va dire que ça compte.
J’ai hésité à répondre à cette question, parce que j’ai conscience de la multitude de personnes dans nos cercles qui ont des croyances qui me dépassent, tellement je ne suis pas câblée pour ça, et vraiment je ne veux blesser personne. Cela dit, ce qu’on appellera mon athéisme global est tout de même assez constitutif de ma personnalité, finalement ça peut être quelque chose d’important à savoir sur les gens. Maintenant, vous savez ! (… Même si je vais peut-être regretté d’avoir parlé de cryptozoologie, c’est un coup à recevoir des blagues sur le Dobhar-chú)
1 : L’occasion de caler ici une micro anecdote assez terrible en lien avec la religion. Il y a quelques années, alors que j’étais dans une salle d’attente avec une camarade handie inconnue, elle m’a raconté avoir vécu un épisode d’une rare violence. Une personne, fervente catholique, lui avait dit que Dieu lui avait envoyé cette épreuve (le handicap, donc) pour laver ses péchés. Ce à quoi la camarade lui avait répondu « je suis née comme ça, alors je serais bien curieuse de savoir ce qu’un bébé avait pu faire de si horrible ». Je n’ai jamais oublié mon choc en entendant ça, c’est tellement… Horrible de dire un truc pareil à quelqu’un, vraiment. Et ça n’a pas du tout l’effet escompté, au passage. Aucune envie de croire en un dieu aussi injuste, en fait, c’est contre productif !
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